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mercredi 14 janvier 2015

JE SUIS CHARLIE


Mercredi 11 janvier, j'ai eu la sensation que les ténèbres,  

qui recouvrent déjà de trop nombreuses contrées  s'abattaient sur  la France. 

Deux mots me sont alors venus à l'esprit : lumière et obscurantisme. Il ne me restait plus qu'à mettre en œuvre mon esprit critique (dont l'origine grecque signifie "qui discerne") : "attitude mentale, méthodique, qui consiste à n'accepter aucune proposition pour vraie sans l'avoir analysée, [  ] à examiner attentivement les choses avant de porter un jugement." (Jacques CHOQUE dans DOC'DOMICILE n°25). Mon expérience professionnelle m' appris qu'il est nécessaire aussi de vérifier le sens des mots employés pour ne pas faire de contre-sens. Par ailleurs, la précipitation peut être mauvaise conseillère. Bref, j'ai consulté, non pas les oracles, mais des sources sûres.

Premier réflexe : Internet pour vérifier si "Siècle des Lumières" n'était pas un mirage de mon esprit. J'ai été vite rassurée par le site de la NF (Bibliothèque Nationale de France). Puis je suis revenue au papier. 

Le volume "Les hommes et leur histoire" de THEMA - encyclopédie Larousse (édition 1994) nous renseigne ainsi : 
"Vers 1760, triomphe en France et en Europe la "philosophie des Lumières". Les "philosophes" s'expriment par des pamphlets, des lettres, des dictionnaires, des romans, des poèmes, des pièces de théâtre, des exposés de systèmes et une œuvre phare : l'Encyclopédie.
"Aie le courage de te servir de ton propre entendement. Voilà la devise des Lumières" : c'est ainsi qu'en 1784 Kant définit l'esprit des Lumières. La revendication d'autonomie intellectuelle est en effet la première caractéristique de ce siècle. Elle a son origine dans la confiance en la raison humaine et implique le rejet des autorités intellectuelles et morales. L'esprit critique s'exerce d'abord contre les religions [superstitions inventées par les prêtres pour assurer leur pouvoir] et les dogmes. Mais les grands systèmes élaborés au siècle précédent sont aussi contestés. La raison doit libérer les esprits des superstitions et pour cela l'éducation à un rôle fondamental à jouer. "La vérité est simple et peut toujours être mise à la portée de tout le monde", écrit d'Alembert. D'où le projet d'une encyclopédie des connaissances humaines, chargée de diffuser largement le savoir. Cette diffusion du savoir suppose bien sûr la liberté d'expression et la tolérance. Elle doit permettre aux hommes d'accéder au bonheur.
Or, ce bonheur suppose aussi la liberté politique. L'organisation politique doit respecter les droits naturels de l'homme.  Mais, sur ce  point, les clivages sont particulièrement importants entre ceux qui font confiance aux despotes qui seraient capables d'imposer autoritairement les réformes, et ceux qui ne voient de légitimité que dans la souveraineté populaire.
(Les phrases soulignées l'ont été par choix personnel.)

Je vous invite à approfondir cette synthèse en consultant le site de la Bibliothèque Nationale de France 
(cela m'évitera de le piller).

Dans le Grand Larousse en 5 volumes (édition de 1991), je lis : 
"OBSCURANTISME : Opposition à la diffusion de l'instruction, de la culture, au progrès des sciences, à la raison, en particulier dans le peuple"

Merci à Justine et Zaïneb qui, dans le cadre d'un travail de réalisation d"une affiche pour représenter la tolérance, ont déniché cette citation de Gandhi :
 
La règle d’or de la conduite est la tolérance mutuelle, car nous ne penserons jamais tous de la même façon, nous ne verrons qu’une partie de la vérité et sous des angles différents.

Pour décortiquer les évènements de ces derniers jours, à chacun sa méthode :
- s'abreuver des informations télévisuelles jusqu'à plus soif : pas la meilleure façon à mon sens d'aiguiser son esprit critique
- lire les hebdomadaires et mensuels qui ne manqueront pas dans les jours à venir de produire des dossiers très documentés, mais pas toujours d'accès facile, en particulier lorsque la lecture rebute un peu
- télécharger sur PLAYBAC PRESSE 3 quotidiens à lire en 10 minutes : l'essentiel y ait, expliqué de manière très simple
   
Charlie HebdoCharlie HebdoCharlie Hebdo

Parce que "la seule chose dont nous devons avoir peur, c’est de la peur-elle même", je fais confiance aux Français et à la République pour que l'esprit des lumières continue à nous éclairer.

Pour ma part, j'adhère à deux propositions que j'ai glanées au fil de mes recherches :

- Le mouvement "Les cites d'or" nous invite à réinventer l'éducation populaire pour "réarmer les citoyens, notamment les plus jeunes, face aux propagandes de toutes natures qui fleurissent aujourd’hui.".

- Aide et Action nous rappelle que "l’éducation favorise le développement humain et donne à chacun le pouvoir de faire des choix, [que] c’est l’outil le plus puissant vers l’émancipation". 

Et pour finir, 2 films à (re)voir absolument : "Sur le chemin de l'école" et "Timbuktu".

jeudi 1 janvier 2015

Le sens du BEAU

J'ai lu en début d'année 2014 "Pensées en chemin" dans lequel Axel Khan relate son périple qui l'a mené des Ardennes au pays Basque de mai à août 2013. Après une vie professionnelle consacrée à la recherche génétique, doublée d'un engagement politique auprès des socialistes, il a souhaité renouer avec sa passion de la randonnée pédestre, qui lui permet de s'immerger dans la nature ("terre, ciel, champs, bois, vaux, cols et cimes, mais aussi choses et êtres" p. 23) qui lui est si chère. Son parcours de plus de 1600 km fut largement médiatisé, en particulier pour favoriser les rencontres où il a pu partager ses impressions avec les habitants sur la situation économique des territoires traversés. 
Mais il indique que ce projet était destiné avant tout à "faire ressortir tout ce qui dans le monde peut engendrer une émotion esthétique. Non pas comme une parenthèse hors du temps, mais comme un élément lui aussi essentiel d'une vie proprement humaine"(p.27)
Axel Khan s'est "intéressé depuis longtemps à la place occupée par la perception du beau dans l'édification de l'humanité [  ] et y [a] consacré un chapitre dans [l']ouvrage L'HOMME, CE ROSEAU PENSANT"(p.24) (que j'ai lu avant d'écrire cet article,qui était en gestation depuis de longs mois). Il y démontre la probabilité "que la capacité à ressentir le beau, inductrice de celle à le créer, ait joué un rôle essentiel tout à la fois dans la socialisation des humains et dans l'accroissement de leurs capacités cognitives, deux processus liés." (p. 25)
Selon Axel Khan, est beau ce qui "provoque une émotion agréable, du plaisir, un sentiment de bonheur, sans lien direct avec une quelconque fonction d'utilité, et sans qu'il soit nécessaire d'en donner une explication rationnelle." "Est beau ce qui est vu comme tel par un être capable de ressentir une émotion esthétique."(p.134, L'HOMME, CE ROSEAU PENSANT)

La lecture de "Pensées en chemin" m'a procuré beaucoup de plaisir (même s'il a été un moment obscurci pour des raisons que j'espère prendre le temps d'évoquer un jour ici - cela tombe bien, cette période de l'année est propice aux bonnes résolutions !). Entre autre parce que son auteur a mis des mots savants sur quelque chose que je ressens souvent et qui est un moteur primordial pour mon bien-être : ressentir la BEAUTÉ des choses, des êtres, des situations .

Je me sens de moins en moins en phase avec "une civilisation moderne, focalisée sur des objectifs presque exclusivement matériels et quantitatifs, [  ] des sociétés [  ] d'une remarquable tolérance à la laideur si elle apparaît source de rentabilité, ou [qui ramènent] le beau à "ce qui le vaut bien"".(p. 26)


 Aussi je cherche à côtoyer le plus souvent possible le BEAU, qui peut se cacher dans 
la nature
 (avaler les kilomètres au rythme lent de la bicyclette me procure ce plaisir)
Le col du Sabot - Isère - 19 juillet 2012
 dans les réalisations de l'homme

Retable de Fromentière (51)
mais aussi dans l'infiniment petit, n'ayant peu d'intérêt pour qui ne sait pas s'émerveiller facilement.
Une aubaine : des tissus à 3 € le mètre, même si mes armoires débordent !
Parfois, l’émotion ressentie est tellement forte qu'elle me submerge, me transformant en fontaine intarissable. Comme en 1986 au Zénith de Paris, lorsque j'ai assisté au spectacle "Lily passion" écrit et chanté par Barbara, à laquelle Gérard Depardieu donne la réplique. 
 
Ou encore en 2000, à la Cité bleue des arts de Rochefort en Terre, devant les tableaux de Caroline Roussel, peintre brodeur au point de Beauvais.
La route de la soie - 1994

Très récemment, l'émotion m'a envahie à l'écoute de Jules, qui concourrait le 27 décembre parmi les Prodiges du Classique sur France2 (vous pouvez l'écouter dès la 7ème minute de l'émission)

Bien sûr, ce que je qualifie de beau n'est pas perçu automatiquement de cette manière par mon voisin, et vice-versa.

Pour clore cette année, je me permets de vous faire partager les émotions ressenties durant un périple qui m'a conduit sur les routes de France l'été dernier (quelques intrus se sont glissés avec malice...)

Le diaporama défile au son de la pièce VII "Tambourins I et II" de la symphonie de danse "LES ÉLÉMENTS" créée par Jean-Féry Rebel en 1737 à l'Académie Royale.

samedi 15 novembre 2014

Comment dire ....

"DO IT YOURSELF" 

"Faites-le vous-même" en français.  
Alors pourquoi le dire en anglais ?

Voilà une manière de dire qui m'agace au plus haut point. La dernière fois que j'ai lu cette expression (Le Parisien du 27 octobre), j'ai attrapé un coup de sang que j'ai pensé vous faire partager. Puis le temps a passé car il fallait bien que je me documente pour argumenter mon coup de gueule. Qui s'est quelque peu dilué .....

Mais qu'est-ce qui me dérange le plus : l'anglicisme ou la redécouverte d'une pratique qui a toujours existé ? 

En ce qui concerne l'anglicisme (incorporations de mots anglo-américains dans le vocabulaire français), j'ai consulté deux sites : celui de l'académie française qui est une mine d'information (qui devrait plaire à l'ami Mickaël) et VR2, organisme de formation dont le dossier "Les anglicismes, pas toujours cool ..." (extraits écrits en vert).

L'emprunt à l’anglais est un phénomène ancien. Certains mots font partie du vocabulaire d'usage courant, parfois depuis longtemps. Pickpocket a été introduit entre 1700 et 1800, show entre 1920 et 1940. (pour lire d'autres exemples cliquer ici Le texte écrit en bleu en est extrait). Que ferions-nous sans match de football et week-end ? Je n'aurais pas pensé que les mots "autocar" et "audit" étaient d’origine anglaise. Et tous les autres... mais pas tant que cela. 
Un Dictionnaire des anglicismes de 1990 en enregistre moins de 3000, dont près de la moitié sont d’ores et déjà vieillis. Les anglicismes d’usage, donc, représenteraient environ 2,5 % du vocabulaire courant qui comprend 60 000 mots. [   ]Si l’on considère les fréquences d’emploi de ces anglicismes, on constate que beaucoup appartiennent à des domaines spécialisés ou semi-spécialisés et sont donc assez peu fréquents dans la langue courante.
Dans l’édition en cours du Dictionnaire de l’Académie française, sur un total actuel de 38897 mots répertoriés, 686 sont d’origine anglaise (soit 1,76 %), dont 51 anglo-américains seulement. À titre de comparaisons, on trouve 753 mots d’origine italienne (soit 1,93 %), 253 mots venus de l’espagnol (0,65 %) et 224 de l’arabe (0,58 %). Pour affiner encore les statistiques, disons que 48 mots proviennent du russe, 87 du néerlandais, 41 du persan, 26 du japonais et 31 du tupi-guarani ! Sur l’ensemble des mots d’origine étrangère répertoriés dans le Dictionnaire de l’Académie, l’anglais ne représente donc que 25,18 % des importations, et est devancé par l’italien, qui vient en tête avec 27,42 %.
Mais tout est relatif. Ces chiffres indiquent qu'il est excessif de parler d’une invasion de la langue française par les mots anglais.Mais le vocabulaire actif est beaucoup plus restreint  (le nombre de mots dont on use spontanément varie selon l'âge et le milieu social). Vu sous cet angle, le pourcentage de mots d'origine anglaise serait peut-être plus grand.

Il n'en reste pas moins que les emprunts à la langue anglaise ont connu une accélération depuis une cinquantaine d’années. Cela tient au fait que l’anglais est aussi la langue de la première puissance économique, politique et militaire, et l’instrument de communication de larges domaines spécialisés des sciences et des techniques, de l’économie et des finances, du sport, etc. À cela s’ajoute que l’on concède généralement à l’anglais une concision expressive et imagée qui, si elle peut nuire parfois à la précision (surtout dans l’anglo-américain très pauvre qui sert ordinairement de langue internationale commune), s’accorde au rythme précipité de la vie moderne. 
Par ailleurs, les nouvelles technologies y [ont contribué] pour beaucoup, l'informatique en tête, depuis pas mal d'années. Sur ce dernier chapitre, des termes très techniques, souvent liés à la programmation, sont en anglais et doivent nécessairement le rester pour des raisons de compatibilité et de standards fonctionnels. Certains milieux, comme le spectacle ou le commerce, usent et abusent des anglicismes. A se demander s'il ne s'agit pas de créer un flou supplémentaire favorable au conditionnement des esprits, entre autres choses en créant des castes-cibles, protégées des contre-mesures par la barrière de la langue.

L'usage des anglicismes est-il utile ou non?
Certains emprunts contribuent à la vie de la langue, quand le français n’a pas d’équivalent tout prêt ni les moyens d’en fabriquer un qui soit commode, quand ils répondent à un besoin, et quand leur sens est tout à fait clair. 
D’autres sont nuisibles, quand ils sont dus à une recherche de la facilité qui ne fait qu’introduire la confusion : on emploie un anglicisme vague pour ne pas se donner la peine de chercher le terme français existant parmi plusieurs synonymes ou quasi-synonymes. Moyennant un minimum d'attention, ils sont assez facilement remplaçables. La rubrique "Dire, ne pas dire" peut y aider.
D’autres enfin sont inutiles ou évitables, comme la plupart de ceux qui relèvent d’une mode, [ ]qui permettent de se distinguer, de paraître très au fait, comme s'il était ringard de nommer et décrire les choses et produits dans une autre langue que l'anglais alors que le français dispose déjà de termes équivalents. 

Pour lutter contre les usages et limiter les risques de disparition de la langue française que certains voient se dessiner sous la pression anglo-américaine, la France s'est dotée depuis 1994 d'une loi visant à « assurer la primauté de l'usage de termes francophones traditionnels face aux anglicismes ».

VR2 voit d'autres risques dans l'usage abusif de mots anglo-américains, en dehors d'échanges linguistiques légitimes. Nous nous efforçons de traduire et le processus (mot français d'origine latine et signifiant « progrès, progression ») n'est plus celui du rapport entre l'idée et l'expression. Dans de tels cas, la référence linguistique est déportée, le contenu y perd, sacrifié à un étalonnage hors-culture. On ne pense même plus en français...
Sommes-nous seulement capables d'une traduction spontanée de tous les anglicismes que nous utilisons ? Si non, est-il bien sain d'user de termes dont la signification nous est toute relative voire franchement absconse ? Et si oui, à quoi bon des termes de remplacement, souvent plus imprécis que l'expression française ?
Il n'empêche que nos habitudes ne sont pas sans conséquences, à différents degrés et niveaux, linguistique, culturel et cognitif. Les mots sont le chemin d'accès à notre pensée et le moyen par lequel elle s'exprime. Notre façon de s'exprimer a des conséquences sur notre mode de pensée.

Rédiger ce texte m'a permis d'y voir plus clair dans mon ressenti : je suis contre les anglicismes qui relèvent d’une mode, [ ]qui permettent de se distinguer, de paraître très au fait, comme s'il était ringard de nommer et décrire les choses et produits dans une autre langue que l'anglais alors que le français dispose déjà de termes équivalents. Par ailleurs, j'ai constaté à maintes reprises que le moindre petit effort semble sur-humain, que la facilité est recherchée en toute circonstance, surtout s'il faut réfléchir.

L'article qui m'a mise en colère présente différents ateliers qui "permettent aux apprentis bricoleurs de trouver espace, outils et conseils pour se lancer" dans la réparation et la création,nommées donc "Do it yourself". Un petit entrefilet nous indique que ce "mouvement a émergé dans les années 1970 comme un refus de la société de consommation." On ne nous dit pas où : les Etats-Unis je suppose. Aujourd'hui, "la surconsommation et le tout jetable sont passés de mode, on conserve et répare de plus en plus nos biens, parce que c'est plus économique". Il y a certainement aussi l'effet de préservation de l'environnement qui joue. Quand à la consommation, elle n'a pas disparue puisque le "faire soi-même" est devenu "un marché avec ses magasins, ses livres, ses émissions de télévision", ses sites Internet. 
Mais je me permet de rappeler à tous ces nouveaux bricoleurs du dimanche qu'ils n'ont rien inventé : bricoler de la sorte a toujours existé. Simplement cela n'avait pas pignon sur rue. Faire de ses mains redevient à la mode alors que nous venons de traverser une période où les travaux manuels furent mis à l'index et dévalorisés. Je pense personnellement que l'Education Nationale n'y est pas étrangère. Peut-être faut-il y voir aussi une redécouverte par les habitants de la ville d'un mode de vie que la campagne a peut-être plus facilement conservé ?

Reconnaissons aussi que nous entrons dans une nouvelle ère : le modèle consumériste a vécu. Les initiatives locales pour inventer un nouveau modèle sont foison ( "Carnet de campagne" à 12h30 sur France-Inter rend compte du phénomène), mais nos politiques font du sur-place sur la question. Ils sont encore à nous parler de crise (plus ou moins forte depuis ... 1974) alors qu'il faut faire le deuil de ce qui a été et ne sera plus, accepter et s'adapter à la nouvelle situation, c'est-à-dire repenser le travail. Nous en sommes loin !

Ma colère était retombée, mais j'ai "tiqué" à la lecture d'un petit entre-filet dans le dernier livre que je viens de m'offrir
Ce livre retrace l'évolution de la place faite à la femme dans la société française de 1919 à 1989 à travers le prisme de la revue MODES ET TRAVAUX. Page 53, je lis : "Dès 1922, soit trois ans à peine après sa création, Modes et Travaux féminins propose à ses lectrices de "recycler déco" en s'adonnant à la confection de fleurs avec des coquillages ramenés d'escapades balnéaires (prisées à l'époque) ou à celle d'un abat-jour plissé. En période de crise, le périodique des Boucherit [propriétaires et concepteurs du magazine) donne le ton avec le do it yourself : aide-toi et Modes et Travaux t'aidera !"
GRRRRR.............. pour le vocabulaire employé, mais voilà bien la preuve que ce n'est pas nouveau. De nombreuses revues passées et actuelles sont le vecteur du "faire soi-même".
Et oui, n'en déplaise à certains, il y en a encore qui lise à l'heure du numérique. C'est vrai que la presse papier coûte cher, mais au moins je sais où va mon argent. Alors que quand je furète sur Internet, cela rapporte à quelqu'un mais je ne sais pas à qui !

Bon, je critique, je me moque, mais moi aussi je récupère : le tissu utilisé pour réaliser ce porte-feuille provient d'une robe cousue en 1991








lundi 10 mars 2014

Acrostiche

"n.m. Pièce de vers composée de telle sorte qu'en lisant dans le sens vertical la première lettre de chaque vers, on trouve le mot pris pour thème, le nom de l'auteur ou celui du dédicataire." me dit le Petit Larousse illustré de 1986. Et il donne l'exemple d'"un acrostiche fait sur Louis XIV par un solliciteur au gousset vide :
Louis est un héros sans peur et sans reproche
On désire le voir. Aussitôt qu'on l'approche
Un sentiment d'amour enflamme tous les cœurs :
Il ne trouve chez nous que des adorateurs ;
Son image est partout, excepté dans ma poche"

J'ai qualifié le mien de "faux" acrostiche car est-il seulement composé de vers ?

Je souhaitais vous faire partager ce mot depuis quelques temps déjà, car j'en ai croisé trois l'été dernier. Deux au musée de Colette, écrits à la craie sur le tableau noir. Mais je n'ai pas eu le réflexe "clic-clac" pour les immortaliser sur la pellicule. Ce qui n'est pas la cas du troisième :
photographié à HAUSSIMONT "[ ] village agricole situé au bord de la Somme au cœur des vastes plaines champenoises. Depuis près d’un demi-siècle ses habitants œuvrent  pour leur cadre de vie, et Haussimont n’a cessé d’accumuler des récompenses [ ]. En effet, le village a développé son attractivité dans une démarche d’embellissement et de développement durable, avec la biodiversité comme fil conducteur de tous ses aménagements."
Ce village ne compte pas moins de 7 jardins à thème, dont la Place Fontaine Rouge,
  
  le jardin des plantes textiles et tinctoriales
et un jardin sensoriel (que je viens de découvrir sur le site officiel de la commune d'HAUSSIMONT sur lequel je vous invite à aller faire un tour) "né d’une réflexion entre les élus [du] village, sur la prise en compte des différents handicaps et notamment sur l’accessibilité dans les espaces touristiques. Son but est de nous sensibiliser à toutes formes d'handicaps et d’encourager un tourisme accessible à tous. [  ] Par le biais de chambres végétales, notre jardin évoque les cinq sens, à savoir : l’ouïe, l’odorat, le goût, le toucher et la vue. Le végétal, et le minéral ont été sélectionnés de façon à stimuler les sens :- L’ouïe est suggérée par le bruissement des feuilles des différents arbres, arbustes et le murmure de l’eau.- Le toucher que l’on peut ressentir en caressant les écorces subéreuses ou lisses de certains arbres, ou encore les feuilles duveteuses ou rugueuses.- Le goût se retrouve dans le verger composé de plusieurs variétés de fruits rouges que l’on peut éventuellement déguster sur place à la belle saison.- La vue est symbolisée par une large palette de couleurs vives et pâles qu’offrent pour notre plaisir, les magnifiques rosiers, les différents cornouillers et autres arbustes aux feuillages colorés.- L’odorat est stimulé avec de nombreux végétaux retenus pour leurs vertus particulièrement enivrantes, et leurs senteurs douces et fruitées." Cela donne vraiment envie d'y retourner !

J'ai pris aussi le temps de relire "Un long dimanche de fiançailles" écrit par Sébastien Japrisot en 1991 car il me semblait qu'il contenait un acrostiche, que j'ai cherché en vain.

"Il étaient cinq.
Cinq soldats français condamnés à mort en conseil de guerre, aux bras liés dans le dos. Cinq soldats qu'on a jetés dans la guerre de Picardie, un soir de janvier 1917, devant la tranchée ennemie, pour qu'on les tue. Toute une nuit et tout un jour, ils ont tenté de survivre. Le plus jeune était un Bleuet, il n'avait pas vingt ans.
A l'autre bout de la France, la paix venue, Mathilde veut avoir la vérité sur cette ignominie. Elle a vingt ans elle aussi, elle est plus désarmée que quiconque, mais elle aimait le Bleuet d'un amour à l'épreuve de tout, elle va se battre pour le retrouver, mort ou vivant, dans le labyrinthe où elle l'a perdu.
Tout au long de ce qu'on appellera plus tard les années folles, quand le jazz aura couvert le roulement des tambours, ses recherches seront ses fiançailles. Mathilde y sacrifiera ses jours et, malgré le temps, malgré le mensonge, elle ira jusqu'au bout de l'espoir insensé qui la porte."

Cette histoire nous entraine aux côtés de Mathilde qui accumule les indices et multiplie les rencontres avec les témoins et acteurs du drame qui s'est joué à "Bingo Crépuscule". Une lettre codée -que je pensais être un acrostiche-, écrite par un des condamnés à mort, sera une pièce capitale pour remonter jusqu'à la trace du Bleuet :
"Chère épouse,
             Je            t'écris cette lettre pour t'avertir
que je    serai        sans t'écrire un moment. Dis au
père      Bernay    que je veux tout régler pour le 
début    mars,       sinon tant pis pour lui. il
nous     vend         son engrais trop cher. Je pense 
malgré  tout           qu'il fera l'affaire.
            Dis           à mon titou que je l'embrasse fort
et que   rien          de mal ne peut lui arriver pourvu
qu'il      écoute      sa maman chérie. Moi, je connais 
encore  personne d'aussi bon. Je t'aime,
            Benoît"

Un livre à lire ou relire en cette année de célébration. Lorsqu'il a été adapté au cinéma en 2004 par Jean-Pierre Jeunet, j'ai hésité à aller le voir, par peur d'être déçue. Souvent je préfère rester sur l'image mentale que je me suis créée à la lecture du livre. Mais j'aime bien Audrey Tautou, qui interprétait Mathilde, et j'ai un faible pour Clovis Cornillac. Et j'étais restée sous le charme du Fabuleux destin d'Amélie Poulain. Alors ... cela faisait trois bonnes raisons d'aller voir le film. Je ne l'ai pas regretté. Le cinéaste avait fait le choix d'un montage photo en sépia. Aussi ce film me revient en mémoire chaque fois que la campagne s'habille de lumière dorée sous l'effet des rayons du soleil proche de l'horizon.

dimanche 1 décembre 2013

Au royaume de l'activité manuelle


GUEDELON : un lieu extraordinaire pour comprendre comment l'homme a pu construire de grandioses bâtisses bien avant que la machine ne vienne l'aider.
Cette aventure (qui durera au minimum 25 ans, le temps de construction du château) existe depuis 1997, au départ sous forme associative, aujourd'hui gérée par une société privée, entièrement financée par les entrées payantes.
L'idée en revient à Michel Guyot, propriétaire du château de Saint-Fargeau (dans le département de l'Yonne). Le site de Guédelon a été choisi car il regorge des matières premières nécessaires à la construction : l'eau, la terre, le sable, la pierre. Le calcaire provient d'une carrière située à 30 km, le grès ferrugineux est extrait par les carriers à Guédelon même.
La pierre la plus dure est utilisée comme pierre de parement, linteaux. La plus tendre sert dans le remplissage intérieur des murs. Elle est transportée par les charretiers dans la carriole (au fond de la photo) tirée par deux chevaux de trait, qui se reposent ici après une journée de dur labeur.

Les tailleurs de pierre
 travaillent le calcaire et le grès pour des ouvrages d'arts :
les meurtrières : il s'agit de viser juste !
la margelle du puit : un seul bloc de grès de près d'1,6 tonne !
la citerne d'eau
l'évier alimenté par un caniveau extérieur qui recueille l'eau des toitures
La poterne est une sortie discrète permettant de rejoindre les fossés puis la forêt en cas d'attaque. Elle est munie d'un système de défense très efficace : une circulation étroite et sombre, une double porte à ouverture inversée.
 
La hauteur et la proportion de calcaire (pierre blanche) de la cheminée indiquent la richesse du seigneur propriétaire.
 
 
trois vues pour une même affaire !
 La forêt entourant Guédelon est une forêt de chênes,que les bûcherons abattent et équarrissent. 
 Ce bois sert à fabriquer 
les portes
les charpentes
les cintres de soutien des voûtes
Le pont dormant (pont fixe en bois).
 mais aussi les tavaillons (tuiles en bois) qui recouvrent les toits du village,
 
 
Et rien n'est perdu : le houppier (branches et ramifications de l'arbre) alimente les fours à tuile.
 Le chateau-fort construit à Guédelon est un château dit philippien, car Philippe-Auguste, roi de France de 1180 à 1223, est à l'origine d'une standardisation de l'architecture militaire des châteaux dans les territoires philippiens. 
Le site Internet nous dit qu'un chateau philippien se caractérise de la façon suivante : un plan polygonal,
des tours d'angle cylindriques, une tour d'angle, plus haute et plus grosse : la tour maîtresse, un châtelet, deux tours défensives à l'entrée.
 
 Le chateau de Blandy les Tours en Seine et Marne est construit sur ce modèle. Longtemps laissé à l'abandon,

il a été rénové à l'initiative du Conseil Général de Seine et Marne qui en est propriétaire depuis 1986. Il est ouvert au public depuis 2007, magnifique écrin pour créations artistiques.

http://www.seine-et-marne.fr/blandy-les-tours
Mais revenons à Guédelon. Les murs de jonction entre les tours et le logis seigneurial  sont appelés courtines.
Les parties basses et légèrement inclinées du château (appelées escarpes) font 2,5 mètres d'épaisseur, qui est ensuite réduite à 2 mètres.
Les trous correspondent aux emplacements des échafaudages. Une pierre est ensuite glissée dans cet espace : elle sera aisément repérable quand il faudra remonter les échafaudages pour réparer.
Cette photo montre la marque du temps sur l'ouvrage : la partie basse a déjà changé de couleur.

Environ 35 oeuvriers-salariés travaillent à la construction du château. Cette équipe de professionnels reçoit l'aide ponctuelle de "bâtisseurs temporaires" (particuliers passionnés, stagiaires en formation). Ils travaillent à la main avec les outils du XIIIème siècle. Pas de grue à cette époque, mais une cage à écureuil, qui permet à une seule personne de soulever 300 à 400 kg à plusieurs mètres de hauteurs.
 
 Afin de renforcer la sécurité, le système de freinage et les cordes, axes, poulies (à la résistance homologuée) sont contemporains.

Mais les cordes destinées à d'autres usages sont fabriquées sur place.
 Pour fabriquer une corde, des brins de chanvre ou de lin sont fixés sur les crochets de deux rouets distants de plusieurs mètres, en fonction de la longueur finale de la corde.
 Lors de cette démonstration, les rouets sont maintenus par de lourdes pierres. Pour faire des cordes très longues, la force de plusieurs hommes est nécessaires.
 Dans un premier temps, un seul rouet est actionné (espèce de manivelle qu'il faut tourner). Ce qui entortille les 4 torons (eux-même composés de plusieurs brins) maintenus écartés par la croix en bois visible en bas à droite de la photo.
 Ensuite, les deux rouets sont actionnés, mais en sens inverse, ce qui a pour effet d'entortiller les 4 brins ensemble (la croix se déplace alors).
 Il n'y aura plus qu'à terminer la corde en réalisant l'épissure, c'est-à-dire entrelacer l'extrémité des torons.
Je passe toujours beaucoup de temps dans cet atelier (et oui, quand il y a des fils, ça me parle ...).

Car l'intérêt de ce site réside dans le fait que le visiteur assiste en direct à la construction. Les oeuvriers prennent le temps d'expliquer leur action (ils y consacrent le tiers de leur temps de travail).
Au cours de la visite (comptez une demi-journée) vous croiserez sur des emplacements bien identifiés
 
les cordiers, les carriers, les charretiers, les tailleurs de pierre,  les bûcherons, les charpentiers, les menuisiers, les forgerons qui fabriquent tous les outils utilisés sur le chantier, ainsi que toutes les pièces métalliques (dont 700 clous nécessaires au pont dormant).
 Actuellement le soufflet qui alimente la forge est manuel. Lorsque le château sera terminé, un moulin devrait sortir de terre pour actionner le soufflet. Avant que les oeuvriers ne s'attaquent à une cathédrale ?

Les maçons utilisent du mortier pour coller les pierres entre elles. Le mortier est obtenu en mélangeant dans des bacs à gâcher de la chaux aérienne, du sable et de l'eau. 
Pour des raisons de sécurité, la chaux n'est pas fabriquée sur place mais par un chaufournier de manière artisanale. Le mortier sèche lentement et permet une certaine élasticité des maçonneries.

Voilà pourquoi il n'y avait pas besoin de fondations (il n'y en a pas à Guédelon). Sinon, comment aurait-on pu construire les châteaux de défense sur des pics rocheux ? Le temps de séchage de la chaux n'est en fait pas connu : des études faites sur des monuments de plus de 900 ans montrent qu'elle n'est pas encore sèche !

Les tuiliers fabriquent à partir de la terre glaiseuse de Guédelon (terre grasse contenant de l'argile)

les tuiles (25 000 pour couvrir le logis !) et les carreaux de pavement.
Tuiles et pavements sont moulés dans des cadres en bois :

Une fois démoulés, ils sont posés sur des clayettes. Après un temps de séchage à l'air libre, les tuiles et carreaux vont cuire pendant 4 jours et 3 nuits à une température de 1 000° environ. 

Tous les oeuvriers qui oeuvrent sur le chantier utilisent la pige comme instrument de mesure
Les encoches permettent de distinguer 5 mesures :
le pouce
la paume
la palme
l'empan
et le pied.
A chaque chantier sa pige : les mesures portées sur une pige sont celles du seigneur qui fait construire. Les oeuvriers portent leur pige à la ceinture. Ils vont de chantier en chantier. Les plus âgés ont donc plus de piges que les plus jeunes : il semblerait que ce soit à l'origine de l'expression populaire : avoir X piges.

Ce site est vraiment instructif. Comme moi, vous devez avoir à l'esprit les litres d'huile bouillante que les assiégés déversaient sur leurs assaillants. Notre guide, qui fourmillait d'anecdotes, nous a justement fait remarquer que ce mode de défense nécessite des grands marmites et du temps, pas vraiment compatible avec une défense rapide. Cela a-t-il véritablement existé, en dehors de nos livres d'histoire ? Alors que des pieux à la pointe bien aiguisée, parsemés dans les fossés jouxtant le château sont une arme redoutable, qui blessent les assaillants avant qu'ils ne puissent agir. 

Un chantier passionnant, à revoir tous les 5 ans, pour profiter pleinement des avancements des travaux.
Lors d'une première visite le 9 août 2008,
les oeuvriers s'activaient au 1er étage du logis seigneurial. 
Le 8 août 2013, celui-ci est couvert, la tour maîtresse a pris de la hauteur.